Renaud-Selim Sanli, éditeur et libraire à Météores, était mercredi 8 avril sur Radio Panik pour parler de son article consacré aux traces de l’arabesk jusqu’en Allemagne, auprès des travailleurs immigrés arrivés de Turquie dans les années 1960. Au cours des années 1990, avec l’émergence d’une nouvelle mondialisation, les Turcs d’Allemagne s’emparent du rap comme outil de contestation et de revendication culturelle. L’arabesk y joue, là encore, un rôle de liant communautaire, mais ses déplacements produisent aussi d’autres formes d’identités et de récits des origines, fantasmées ou non. Le rap turc allemand devient un vecteur de reconstruction identitaire dans une Allemagne en proie à un regain nationaliste excluant, alors même que la diaspora turque considère ce pays comme le sien. La musique devient le lieu d’une construction tant d’un autre chez-soi que d’une fierté culturelle du pays d’où l’on vient. Renaud-Selim Sanli montre comment, dans ce contexte tendu, des tendances majoritaires comme la globalisation américaine ou le nationalisme turc peuvent devenir des outils de luttes minoritaires pour s’opposer aux désirs d’homogénéisation et d’effacement des identités non-hégémoniques.